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Résumé
de la Thèse du Dr Prof. Guy Mazet
Jurilinguistique et informatique juridique
Le
langage du Droit se caractérise par sa complexité.
Empruntant largement à la langue naturelle, tant au plan
de la syntaxe qu'à celui du vocabulaire, il possède
aussi certains traits inhérents à tout langage
scientifique : univocité et abstraction, toutes deux
apanage du concept.
Mais
cette dualité ne rend pas exactement compte de la nature
du langage juridique, également langue de spécialité,
puisque le langage usuel voit, parfois, le sens commun transformé
en acception juridique. Cette interpénétration
de la langue et du Droit, dialectique du mot et du concept,
de l'outil et de l'idée, nous l'appelons : système
jurilinguistique.
L'articulation
du système - dans la langue-hors la langue - va compliquer
singulièrement la rencontre de l'informatique et du Droit.
En
matière d'accès à l'information juridique,
problématique accrue et sublimée par l'existence
des vastes réseaux planétaires, la dynamique de
la langue naturelle va perturber la consultation des bases de
données juridiques ; il est alors nécessaire de
concevoir des méthodes et des instruments linguistiques
palliant les effets conjugués de la syntaxe et de la
sémantique.
Ainsi,
le lexique permettra, par son organisation morpho-sémantique,
de lutter contre les effets de l'allotaxie des termes, phénomène
issu de l'emploi du langage naturel, dans les méthodes
de traitement des textes juridiques lesquels s'accomodent très
mal des procédures classique de l'indexation.
Les
Thesaurii, qu'ils soient génériques ou thématiques,
constituent des modèles de représentation de la
connaissance juridique ; organisés en structures ordonnant
des relations sémantiques entre les descripteurs conceptuels,
ils constituent un véritable métalangage des bases
que l'on peut utiliser comme interface d'aide à l'interogation.
Avec la
dimension internationale acquise par le flux des informations,
le traitement du multilinguisme juridique revêt une importance
capitale et met en évidence la confrontation des systèmes
juridiques à laquelle les voies classiques de la comparaison
et de la traduction n'apportent que des solutions partielles
voire triviales ; il convient de concevoir les outils destinés
à gérer cette rencontre des cultures juridiques
en intégrant d'autres paradigmes notamment l'équivalence
fonctionnelle.
L'information
juridique, en tant que donnée brute, se transmue en savoir
lorsqu'elle est soumise aux pratiques intellectuelles des juristes.
L'informatique
peut contribuer au transfert de cette connaissance juridique
; là, encore le système jurilinguistique va se
manifester, soit en dressant des obstacles mais aussi en suggérant
des modèles réutilisables en termes de pédagogie
: c'est toute la problématique de l'enseignement du Droit
assisté par ordinateur plus connu sous son acronyme d'EAO
; ici, la méthodologie se fonde sur le réemploi
de l'information comme moyen de formation. Les instruments linguistiques
de l'accès à l'information sont réutilisés
en tant que vecteurs didactiques pour simuler des raisonnements
; la sémantique juridique est pleinement mise à
contribution et l'interprétation - mécanisme éminemment
juridique - devient pédagogiquement opérative
. On passe progressivement du concept de base de données
à celui de base de connaissances.
Ce
saut qualitatif s'opère avec l'émergence des systèmes
experts juridiques qui représentent la tentative d'application
de méthodes en provenance de l'intelligence artificielle
au Droit. Là, au -delà du transfert de la connaissance
juridique, on tente sa formalisation voire sa modélisation
en vue de concevoir une aide à la décision juridique.
Il
semble toutefois que le Droit résiste à ces velléités
d'axiomatisation notamment à travers le système
jurilinguistique qui oppose aux couleurs assertoriques de la
logique de vérité les nuances de la dialectique
et de l'interprétation.
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