|
Résumé
de la Thèse du Dr Georges
El Ahmar
Dans un pays de droit écrit, comme le Liban, la loi libanaise
ne peut suffire à tout, ne peut prévoir tout.
Dans la mesure où elle ne peut, à elle seule,
remplir toute la sphère juridique, force est d'admettre
que d'autres sources de droit viennent combler ses lacunes,
ses oublis, ou ses insuffisances. C'est la jurisprudence qui
joue le rôle principal de porter remède aux lacunes
de la loi.
En d'autres
termes, pour tous ceux qui désirent pratiquer le droit
au Liban, embrasser la profession d'avocat, de juge ou enseigner
le droit, il y a un devoir professionnel de connaître
la jurisprudence.
Dans ce
contexte, les conditions de l'efficacité du précédent
jurisprudentiel tiennent au degré de publicité
qui lui est donnée. Autrement dit, il y a un lien indissociable
entre faire la jurisprudence et la faire connaître.
Or, la pratique
de la jurisprudence au Liban montre que si le volume de l'information
jurisprudentielle a grossi, son accroissement quantitatif n'a
pas modifié jusqu'à présent la nature du
vecteur documentaire. Cette croissance des textes à assimiler
crée un décalage constant entre la connaissance
et le droit positif. Se contenter des études jurisprudentielles
traitées dans les revues est dangereux, puisqu'elles
ne donnent qu'un aperçu tronqué du "droit
vécu".
En outre,
on peut révéler les difficultés de la recherche
traditionnelle de la jurisprudence libanaise (diversification
des modes d'accès et de présentation des revues
et des périodiques juridiques, perte du temps consacré
aux opérations de classement allant des catégories
générales, cheminant les rubriques et les sous-rubriques
pour arriver au niveau où se situe le problème
''à étudier'', cloisonnement dans le temps et
dans l'espace).
Dans ce
cas, les capacités de l'ordinateur dans le domaine du
traitement de l'information donnent à penser que l'outil
informatique permettra aux juristes de maîtriser la jurisprudence,
c'est-à-dire de la connaître et de conduire à
son évolution.
D'une part,
il pourrait être raisonnable de concevoir une banque de
données pour la jurisprudence, nécessaire à
une bonne activité des juristes libanais. Ainsi, se justifie
le recours à la création d'une banque de données,
pour l'accès à un droit élargi, plus conforme
à la réalité du contentieux. Son véritable
intérêt, d'ailleurs, est un accès aux nombreuses
décisions inédites.
En outre,
la création d'une banque de données pour la jurisprudence
doit pleinement améliorer la situation actuelle de la
publication traditionnelle de la jurisprudence, en facilitant
le repérage rapide des documents.
D'autre
part, il ne faut pas restreindre l'informatique juridique à
l'informatique documentaire. Dans ce sens, la machine peut offrir
des vastes potentialités dans des domaines autres que
la pure recherche textuelle telle que les systèmes experts,
le connexionnisme et l'hypertexte.
Si les systèmes
experts ont montré leurs limites et s'avèrent
difficilement compatibles avec les exigences de la logique juridique,
il ne faudrait cependant pas en mésestimer les qualités
de contrôle dans la décision et ne pas vouloir
en extrapoler une fonction créatrice. Ces systèmes
sont conçus, à la fois comme des aides au contrôle
de décisions déjà prises et comme des aides
à la prise de décision elle-même. C'est
avec pragmatisme que l'élaboration de modèles
informatiques doit se développer si l'on désire
ne pas se contenter de représentations du droit purement
intellectuelles. Cette nécessité implique non
pas de se soumettre à la sujétion de l'outil informatique
mais au contraire d'utiliser la technique comme instrument de
réflexion sur les permanences profondes du droit. En
d'autres termes, c'est en se basant sur une projection des éléments
fondamentaux de notre univers juridique, qu'il serait possible
d'élargir la représentation à d'autres
catégories. Seule l'informatique "pensée"
est habile à fournir au juriste une telle connaissance,
même si elle en demeure encore à des balbutiements
en ce domaine.
Dans ces
deux axes, une réflexion en amont s'impose dans les domaines
de la linguistique juridiques et de la logique, qui a pour finalité
la mise en valeur de la spécificité du discours
du juge.
|